Dakar, le rendez-vous d‘une parité approfondie : comment trente femmes leaders ont outillé la participation politique au Sénégal
Deux jours à Dakar. Une cohorte de trente leaders sénégalaises — parlementaires, élues locales, candidates, dirigeantes d‘organisations de la société civile. Du Protocole de Maputo à la sécurité numérique, de l‘autonomie économique à la protection des défenseuses, les participantes ont posé les fondations d‘une stratégie d‘action à douze mois pour approfondir l‘acquis historique de la loi sénégalaise sur la parité.
À Dakar, le mardi 19 mai 2026, trente femmes leaders venues de toutes les régions du Sénégal — Dakar, Thiès, Saint-Louis, Kaolack, Ziguinchor, Tambacounda, Matam, Diourbel et Kaffrine — se sont retrouvées pour deux journées denses. Députées en exercice, conseillères municipales, candidates aux échéances à venir, journalistes, juristes et dirigeantes d‘organisations de la société civile : la cohorte sénégalaise réunit une diversité rare des trajectoires politiques féminines du pays. Au cœur de cette rencontre, une conviction partagée : faire avancer, à partir de l‘acquis historique de la loi sur la parité de 2010, le chantier de la pleine participation des femmes aux sphères de décision. C‘est le récit de cette étape sénégalaise de l‘Afrofeminist Initiative for Human Rights Development in Francophone West Africa (AIHRDFWA) que cet article entend restituer.
La cérémonie d‘ouverture a été assurée par l‘équipe du RFLD, qui a rappelé le sens de l‘AIHRDFWA et la place spécifique du Sénégal dans la stratégie régionale du dispositif. « Le Sénégal porte une histoire singulière : celle d‘un pays qui, dès 2010, a inscrit la parité dans son ordre juridique avant la plupart de ses voisins, a rappelé un responsable du programme à l‘ouverture. Notre travail aujourd‘hui n‘est pas de reconstruire cet acquis, mais de l‘approfondir, d‘en mesurer la pleine portée, et d‘en convertir les promesses en décisions concrètes. » L‘AIHRDFWA s‘inscrit dans le programme Society, Equality, Africa – Transformation (SEA-T) soutenu par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et mis en œuvre avec l‘appui technique de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ)1. Il déploie une architecture de formation harmonisée dans plusieurs capitales d‘Afrique de l‘Ouest francophone — Dakar en constitue la première étape de mai 2026.
I. Le Sénégal : pionnier de la parité, chantiers de consolidation
Le Sénégal occupe une place singulière dans la promotion des droits des femmes en Afrique de l‘Ouest. La loi historique du 28 mai 2010 instituant la parité absolue homme-femme dans toutes les institutions totalement ou partiellement électives, la Constitution de 2001 consacrant l‘égalité entre les sexes, et la ratification des principales conventions internationales — Convention CEDEF, Protocole de Maputo, Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (ACDEG) — ont valu au pays une reconnaissance régionale durable2.
Car le contexte sénégalais traverse une séquence institutionnelle particulièrement dense. Aux élections législatives anticipées du 17 novembre 2024 — convoquées par le Président Bassirou Diomaye Faye après la dissolution de l‘Assemblée nationale — la nouvelle législature a vu l‘arrivée d‘une majorité reconstituée. La composition de l‘Assemblée compte désormais environ 41 % de femmes, un chiffre qui place toujours le Sénégal parmi les meilleurs élèves du continent, mais qui marque un léger recul par rapport aux 44,2 % de la législature précédente. Plus préoccupant pour les organisations féministes sénégalaises : seulement 13 % des têtes de listes présentées par les partis politiques étaient des femmes. Au niveau local, le diagnostic est encore plus marqué : sur les 558 communes que compte le pays, 18 sont dirigées par des femmes, soit 2,87 %. Sur les 43 Conseils départementaux, 3 seulement sont présidés par des femmes. La cohorte réunie à Dakar s‘est donné pour mission d‘investir précisément cet écart entre la portée nationale de la parité et sa traduction locale et exécutive.
C‘est dans ce paysage que la première session, conduite par Mme Diabou BESSANE, formatrice en leadership et analyse de pouvoir, a posé la pierre angulaire du diagnostic. Intitulée « Femmes en Action — Pouvoir de Changement », elle a invité les participantes à cartographier les rapports de domination dans leurs environnements respectifs — partis politiques, conseils municipaux, assemblées départementales, structures associatives, espaces communautaires. « On ne contourne pas un mur qu‘on n‘a pas identifié, a souligné Mme BESSANE. La première compétence politique d‘une femme, c‘est la lecture du terrain. » Les participantes ont décrit avec précision les « mécanismes silencieux » par lesquels la décision politique leur échappe au quotidien : convocations tardives, réunions informelles tenues en l‘absence des élues, médiation systématique par un cadre masculin, ralentissements dans la transmission des dossiers sensibles, et parfois questionnements publics autour des positions occupées. Une grammaire commune se dessinait — celle d‘une exclusion non accidentelle mais systémique, qu‘il fallait expliciter pour la déconstruire.
Le pouvoir, au Sénégal comme ailleurs, est d‘abord une chorégraphie. Apprendre à danser nos propres pas — sans renier nos héritages, sans répliquer nos exclusions — c‘est cela, l‘enjeu politique des dix prochaines années.
II. L‘afroféminisme comme méthode
Le deuxième temps fort de la première journée a été conduit par Mme Maimouna Astou YADE, formatrice en afroféminisme et innovation politique, accompagnée par Mme Sètondji TOLEKE. La session, intitulée « Leadership, Afroféminisme et Innovation », a proposé un déplacement essentiel : sortir d‘un féminisme importé pour revendiquer une généalogie africaine de la pensée critique de genre. De Mariama Bâ aux militantes sénégalaises de la parité, en passant par les figures contemporaines de la société civile, la formatrice a tracé les contours d’une pensée féministe enracinée dans les ressources culturelles propres au continent. « L‘innovation politique ne consiste pas à imiter des modèles venus d‘ailleurs, mais à reconnaître les outils que nos sociétés ont déjà produits, à les actualiser et à les transmettre », a soutenu Mme YADE. La demande qui s‘est exprimée dans la salle a été claire : celle d‘un langage politique qui ne soit ni la pure réplique des conventions onusiennes, ni la résignation aux codes patriarcaux locaux — une demande de souveraineté narrative.
Une jeune participante, journaliste indépendante à Dakar, a résumé l‘impact de cette session en une formule reprise dans la salle : « Pour la première fois, on m‘a rendu mes propres mots. » L‘image — celle d‘une restitution, d‘une réappropriation — court en filigrane à travers l‘ensemble des deux journées.
III. Maputo, un instrument juridique pour le continent
La deuxième partie du premier jour a opéré un basculement : du diagnostic à l‘instrument. Mme Fatouma Gueye Ndiaye, formatrice en droits humains et droit international, a conduit la session consacrée au Protocole à la Charte africaine relatif aux droits des femmes en Afrique — connu sous le nom de Protocole de Maputo. Adopté à Maputo le 11 juillet 2003, le texte complète la Charte africaine par un corpus détaillé sur les droits des femmes : égalité, dignité, protection contre la violence, mariage, santé reproductive, propriété et héritage, paix et protection spéciale pour les femmes en détresse3. C‘est l‘instrument juridique africain le plus complet sur les droits des femmes — et l‘une des rares conventions internationales à reconnaître explicitement le droit à l‘avortement médicalisé dans certaines circonstances.
L‘entrée en vigueur du Protocole repose sur un seuil exigeant : quinze ratifications. Ce seuil a été atteint le 26 octobre 2005, et le Protocole est entré en vigueur le 25 novembre 2005. À ce jour, 46 des 55 États membres de l‘Union africaine l‘ont ratifié. Deux États — l‘Égypte et le Maroc — ne l‘ont ni signé ni ratifié. Sept autres — Burundi, Tchad, Érythrée, Madagascar, Niger, Somalie, Soudan — l‘ont signé sans achever leurs procédures de ratification. Cette cartographie dessine des espaces de protection juridique très inégaux à l‘échelle continentale, particulièrement préoccupants pour les femmes en mobilité dans la sous-région ouest-africaine.
Le Sénégal a signé le Protocole de Maputo le 27 février 2004 et l‘a ratifié le 27 décembre 2004, devenant ainsi l‘un des premiers États ouest-africains à inscrire le texte dans son ordre juridique interne.
Ratifier n‘est pas mettre en œuvre
La distinction technique entre signature, ratification et adhésion a fait l‘objet d‘un module spécifique. La ratification est l‘acte formel par lequel un État, après signature, manifeste internationalement son consentement à être lié par un traité. L‘adhésion est l‘acte parallèle pour un État qui n‘a pas signé. L‘article 28 du Protocole prévoit que les pays peuvent signer, ratifier ou adhérer conformément à leurs procédures constitutionnelles, l‘instrument étant déposé auprès du président de la Commission de l‘Union africaine.
Mais ces actes ne constituent qu’une première étape. « Un protocole ratifié et non mis en œuvre est un protocole muet, a insisté la formatrice. Le travail qui suit la ratification, c’est traduire les dispositions dans le droit national, allouer un budget et rendre compte périodiquement à la Commission africaine. » Cette mise en œuvre demeure inégale sur le continent — et c’est cet écart qui se trouve au cœur du plaidoyer panafricain du RFLD.
Le Protocole est en vigueur sur la majeure partie du continent. Son application, elle, reste inégale. C‘est exactement dans cet écart — entre la ratification et l‘effectivité — que se joue l‘engagement politique de notre génération.
Les participantes ont ensuite travaillé en sous-groupes sur l‘application communale du Protocole : comment, depuis une mairie sénégalaise, faire vivre les articles 9 (participation politique), 13 (droits économiques et sociaux) et 14 (santé et droits reproductifs) ? Plusieurs élues ont partagé des obstacles concrets rencontrés dans leurs communes — accès des femmes au foncier, sécurité des marchés municipaux, éducation des filles, prise en charge des survivantes de violences conjugales. Plusieurs élues ont partagé des obstacles concrets — accès des femmes au foncier, sécurité des marchés municipaux, prise en charge des survivantes de violences conjugales — et les pistes pratiques pour les lever en mobilisant le Protocole article par article.
Quand j‘ai demandé en plénière communale que le budget annuel consacre une ligne aux violences faites aux femmes, on m‘a répondu que ce n‘était « pas une priorité de développement ». Aujourd‘hui, je sais comment formuler la même demande en m‘appuyant directement sur le Protocole de Maputo. C‘est un autre levier.
La discussion s‘est élargie à une dimension régionale : si le Protocole est juridiquement opposable au Sénégal depuis 2005, plusieurs voisins ouest-africains — Niger en particulier — ne l‘ont pas ratifié. Cette asymétrie pèse sur les femmes de la zone CEDEAO. Le RFLD mène, à travers AIHRDFWA, un plaidoyer continental pour accélérer ces ratifications et renforcer la mise en œuvre effective dans les États déjà parties. La quatrième session du Jour 1, animée par Mme Laïty Fary NDIAYE, formatrice en mobilisation communautaire et plaidoyer, a refermé la journée sur l‘articulation entre l‘action locale et le plaidoyer institutionnel. « La mobilisation féministe, c‘est l‘art d‘élargir le cercle sans diluer le message. » Les travaux de groupe, modérés par M. Ezéchiel Gangniahossou, ont permis aux quatre premières équipes de restituer leurs analyses sur le diagnostic structurel, la domestication du Protocole, les stratégies de réseau et la transmission transgénérationnelle du mouvement.
IV. L‘autonomie économique, prérequis politique
La deuxième journée s‘est déployée autour d‘une thèse forte : l‘autonomie économique est un prérequis du leadership politique. La session 5, conduite par Mme Aïda MBAYE, formatrice en droits économiques et entrepreneuriat, a abordé les cadres juridiques applicables aux femmes entrepreneures sénégalaises, l‘accès aux marchés publics, le financement de campagne et les mécanismes de garantie bancaire. Selon les estimations régionales, moins de 8 % des candidates aux législatives en Afrique de l’Ouest francophone disposent d’un capital de campagne équivalent à celui de leurs concurrents masculins.
« Sans financement, a affirmé Mme MBAYE, le quota n‘est qu‘une promesse. Avec un financement aligné, il devient un mandat. » Le livrable attendu de cette session — un plan d‘accompagnement de cinq candidates sur vingt-quatre mois, avec une enveloppe de garantie et un dispositif de mentorat technique — s‘inscrit directement dans cette logique opérationnelle. La cohorte sera suivie longitudinalement jusqu’aux échéances électorales à venir.
L‘autonomie économique n‘est pas un luxe pour les femmes politiques sénégalaises : c‘est leur première forme d‘indépendance vis-à-vis des partis qui leur ont, parfois, ouvert la porte à condition qu‘elles restent silencieuses à l‘intérieur.
V. CEDEF, défenseuses, espaces civiques
La session 6, animée à deux voix par Mme Lucie Sessinou et M. Félix Tohoyessou, expert·e·s en CEDEF et protection contre les violences fondées sur le genre, a proposé une lecture croisée de la Convention sur l‘élimination de toutes les formes de discrimination à l‘égard des femmes, des législations nationales sénégalaises et du fonctionnement de la Commission de la Condition de la Femme des Nations Unies. « La CEDEF n‘est pas un texte à commenter, c‘est un texte à invoquer », a insisté Mme Sessinou. La session a notamment abordé la mécanique des rapports périodiques que le Sénégal doit remettre au Comité CEDEF et le potentiel des « rapports alternatifs » produits par la société civile.
En seconde partie de journée, M. Michel Bohoumbo et M. A. Florent Houegbenou, formateurs en espace civique et plaidoyer numérique, ont abordé une thématique devenue centrale : la défense de l‘espace civique à l‘ère des plateformes, la sécurité numérique et la lutte contre la désinformation genrée. Des études récentes en Afrique de l‘Ouest indiquent qu‘au Sénégal et en Côte d‘Ivoire, six femmes politiques sur dix font l‘objet de désinformation à caractère sexiste pendant les campagnes4. « La désinformation genrée n‘est pas du bruit, ont expliqué les formateurs : c‘est une stratégie. Elle vise à rendre intolérable, pour les femmes, le simple fait d‘occuper l‘espace public. » Le livrable de cette session — un protocole de réponse en cinq étapes, mobilisable en moins de quarante-huit heures à compter de la détection d‘une campagne hostile — vise précisément à transformer cette violence en signal documenté, archivable et juridiquement contestable.
La huitième et dernière session, confiée à M. César Godonou et M. M. Isaac Ahouandjinou, a porté sur la protection des défenseuses des droits humains et les mécanismes de la Commission africaine des droits de l‘homme et des peuples (CADHP). La session s‘est conclue sur l‘esquisse d‘un protocole de protection collective propre à la cohorte — un système d‘alerte par binômes, avec contacts de proximité, procédures convenues à l‘avance, et liens institutionnels pour mobiliser, en cas de besoin, le Rapporteur spécial sur les défenseurs des droits de l‘homme de la CADHP ainsi que la Coalition africaine des défenseurs des droits humains (ACDHRS).
Une défenseuse isolée est une défenseuse vulnérable. Une défenseuse en réseau — documentée, soutenue, écoutée par des institutions — devient un sujet politique à part entière. C‘est ce passage que nous devons opérer collectivement.
VI. De la salle à la stratégie
À mesure que la deuxième journée approchait de son terme, la physionomie du groupe s‘est transformée. Les chaises rangées en plénière ont laissé place à huit cercles de travail, chacun centré sur une question clé du contexte sénégalais : diagnostic structurel des têtes de listes en 2024, application communale du Protocole de Maputo, fonctionnement des réseaux de pouvoir entre les Grands Magal et les instances partisanes, transmission transgénérationnelle du mouvement féministe, accompagnement de candidates sur 24 mois, domestication de la CEDEF, riposte à la désinformation, protection des défenseuses. La modération a été assurée par M. Etienne Zounde pour le Jour 2, dont le rôle a été de transformer huit heures de discussion en huit livrables intelligibles et archivables.
Chaque groupe a produit trois éléments : une analyse de pouvoir propre à son territoire, une cartographie des parties prenantes (alliées, neutres, opposantes), et une stratégie de campagne mobilisable dans les douze mois. Ces matériaux seront archivés et partagés par le RFLD avec les autres cohortes nationales — Porto-Novo, Lomé, et les capitales suivantes du dispositif. « Nous ne sommes pas venues apprendre, a résumé une participante. Nous sommes venues coder un plan. Et ce plan, désormais, nous appartient. » Cette appropriation a été l‘un des marqueurs les plus nets de la deuxième journée : la conviction, partagée par tous les groupes, que les outils transmis ne resteraient pas dans les classeurs mais entreraient en circulation dès la semaine suivante dans leurs communes, leurs rédactions, leurs assemblées générales.
Ce que cette cohorte a démontré en deux jours, c‘est qu‘il n‘existe pas, au Sénégal, de manque de talents politiques féminins. Ce qui manque, ce sont les structures qui transforment ces talents en mandats. AIHRDFWA est précisément l‘une de ces structures.
VII. Une méthode, quatre principes
Au-delà des contenus, la signature pédagogique de l‘événement mérite d‘être soulignée. L‘atelier a été conduit selon une approche « participative, inclusive et féministe ». Quatre principes ont guidé chaque session : l‘intersectionnalité (reconnaître que les expériences se croisent avec la classe, la ruralité, la confession, l‘âge, l‘origine régionale) ; la sécurité (garantir que la parole prise en formation ne se retourne pas contre celles qui la prennent, par la règle stricte de Chatham House) ; la confidentialité (préserver les récits partagés du regard extérieur) ; et la solidarité émotionnelle, qui acte que la politique au féminin se construit aussi dans le soin réciproque entre celles qui s‘y exposent.
« L‘apprentissage se construit collectivement, dans le respect mutuel et l‘horizontalité — les participantes sont elles-mêmes porteuses de savoirs, d‘expériences et de stratégies. » Cette phrase, qui ouvre le cadre méthodologique du RFLD, pourrait être la devise du dispositif AIHRDFWA. Elle marque ce qui distingue la pédagogie féministe du RFLD des modèles classiques de « renforcement de capacités » : la formatrice n‘est pas l‘autorité qui sait, mais celle qui structure la circulation des savoirs déjà présents dans la salle.
VIII. Ce que Dakar annonce
À la nuit tombée, lorsque la cérémonie de clôture s‘est ouverte, les trente participantes repartaient avec un mandat — non pas électif, mais collectif. Cinq candidates seront accompagnées sur vingt-quatre mois avec un appui technique, juridique et financier dédié ; une stratégie de plaidoyer parlementaire ciblée sera engagée auprès des nouvelles députées de la législature post-2024 pour faire avancer trois textes prioritaires (révision du code des collectivités locales, dispositif de protection des défenseuses, financement public des campagnes féminines) ; un protocole de réponse à la désinformation en cinq étapes sera testé sur un cycle électoral local ; un plan de protection institutionnel pour les défenseuses sera soumis à la coordination nationale du RFLD-Sénégal.
Cette étape s‘inscrit dans une séquence sénégalaise particulièrement riche. Les élections présidentielles du 24 mars 2024 ont porté Bassirou Diomaye Faye à la magistrature suprême, puis les législatives anticipées du 17 novembre 2024 ont consolidé une majorité nouvelle pour le Premier ministre Ousmane Sonko et le parti PASTEF. La formation AIHRDFWA apparaît comme une réponse organisée à ce moment de refondation, dans lequel l’approfondissement de la parité et la pleine traduction de la loi de 2010 dans les sphères exécutive et locale demeurent un horizon de mobilisation.
L‘initiative sénégalaise s‘inscrit dans une dynamique régionale plus large : le RFLD déploie l‘AIHRDFWA dans plusieurs pays d‘Afrique de l‘Ouest francophone et a annoncé en mai 2026 une enveloppe de re-financement de plus de 580 000 dollars destinée à une vingtaine d‘organisations africaines de la société civile5. Dakar constitue ainsi un nœud — non un point final — d‘une cartographie en construction, qui reliera dans les prochains mois Porto-Novo, Lomé, Bamako, Conakry, Ouagadougou et Abidjan. C‘est par cette circulation régionale que pourra se réduire l‘écart entre le Protocole de Maputo tel qu‘il est écrit et le Protocole tel qu‘il est vécu — y compris dans un pays comme le Sénégal, dont l‘antériorité juridique appelle aujourd‘hui une effectivité encore plus exigeante.
« Nous écrivons un manuel à plusieurs voix, a conclu l‘équipe RFLD lors de la cérémonie de clôture. Chaque pays apporte une page. Le Sénégal vient d‘apporter la sienne — et ce qu‘elle dit, dans sa langue propre, c‘est qu‘une parité juridiquement acquise dès 2010 doit aujourd‘hui devenir une parité pleinement pratiquée. » À l‘issue de la cérémonie, plusieurs participantes ont spontanément échangé leurs coordonnées, esquissant déjà la constitution d‘un réseau post-formation. Un groupe de communication chiffrée a été créé dans la nuit qui a suivi, sous l‘animation conjointe de participantes de Dakar, Thiès et Ziguinchor. C‘est sans doute là, dans ce geste discret, que se mesure la réussite de Dakar 2026 : non dans les déclarations finales, mais dans les liens qui ne se déferont plus, et dans la capacité reconnue de trente femmes à se considérer désormais comme membres d‘une même infrastructure politique régionale. D‘ici à la fin de l‘année 2026, les cohortes nationales successives devraient avoir formé entre 250 et 300 femmes politiques à travers l‘Afrique de l‘Ouest francophone — première promotion structurée d‘une infrastructure de leadership politique féminin durable. Dakar n‘aura pas seulement été une étape : ce sera la signature d‘un approfondissement.
Notes & références
- Programme Society, Equality, Africa – Transformation (SEA-T), Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ).
- Loi n° 2010-11 du 28 mai 2010 instituant la parité absolue homme-femme dans toutes les institutions totalement ou partiellement électives en République du Sénégal.
- Protocole à la Charte africaine des droits de l‘homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo), adopté le 11 juillet 2003 à Maputo, entré en vigueur le 25 novembre 2005. Sénégal : signature le 27 février 2004, ratification le 27 décembre 2004. Source : Dépositaire des traités de l‘Union africaine.
- Étude TV5MONDE Afrique sur la désinformation genrée au Sénégal et en Côte d‘Ivoire, 2025.
- RFLD, communication officielle du 4 mai 2026 : annonce d‘une enveloppe de 582 000 USD pour vingt organisations africaines dans le cadre des programmes NAFASI (Sida) et AIHRDFWA (BMZ/GIZ SEA-T).