La Violence Conjugale en Côte d’Ivoire: Réalité et Conséquences

La violence conjugale, un fléau ancien, souvent méconnu en raison du poids des traditions et des préjugés, mais également dissimulé derrière le silence des victimes et l’indifférence de la société. Pour Fatoumata, fonctionnaire au Ministère de la Famille, de la Femme et de l’Enfant, cette forme de violence est à combattre avec toutes les armes nécessaires.

« Il s’agit d’un processus au cours duquel l’un des partenaires exerce des comportements agressifs, violents et destructeurs envers l’autre, au sein d’une relation intime. L’emprise et la peur maintiennent la victime dans un conditionnement difficile à briser sans assistance. Les conséquences de la violence conjugale peuvent être graves, allant jusqu’à la perte de vie de la victime. Fondées sur une relation de domination au sein du couple, ces violences sont intentionnelles, portant atteinte au droit fondamental des individus à vivre en sécurité et à leur dignité. Elles résultent de facteurs historiques, culturels, sociaux et psychologiques qui reflètent une inégalité entre hommes et femmes. Bien que plus rare, il existe des cas où les femmes perpètrent des violences envers les hommes. C’est un problème sociétal complexe, ancré dans les rapports de genre, et ne peut être traité sans remettre en question ces derniers.

Il est crucial de noter qu’il n’y a pas de profil spécifique pour les femmes victimes de violences conjugales, elles se retrouvent dans toutes les catégories sociales. Il est également essentiel de souligner que ces violences ne sont pas simplement une sous-catégorie des conflits conjugaux, mais plutôt un problème distinct, nécessitant une analyse approfondie des dynamiques sociales et des relations de pouvoir entre les genres.

La violence conjugale se révèle de manière alarmante au sein des foyers ivoiriens, avec des manifestations telles que des bastonnades, parfois mortelles, infligées aux conjoints. Selon une étude de Maurice CUSSON, les femmes représentent les trois quarts des victimes d’homicides conjugaux. Les violences englobent également des injures publiques, des viols au sein du couple, des menaces de mort, des humiliations, et d’autres formes de maltraitance. Les statistiques indiquent que seulement 5% des hommes subissent des bastonnades, comparé à 70% des femmes, d’après les déclarations. Ce constat est d’autant plus choquant que la quasi-totalité de ces actes demeurent impunis, voire tolérés par la société. La complexité de résoudre ce problème réside dans le caractère intime de la violence conjugale, se produisant dans les confins du foyer, là où l’intervention des proches, des voisins et des autorités est souvent hésitante.

Le faible nombre de plaintes déposées par les victimes elles-mêmes et le recours moins fréquent à la loi s’expliquent par la peur des représailles, les tabous entourant les questions sexuelles, la honte et le sentiment de culpabilité des femmes battues et violées au sein du couple. L’acceptation aveugle de la tradition et le maintien de la dominance masculine contribuent à perpétuer cette forme de violence insidieuse. La complicité active ou passive de l’État et d’autres institutions d’autorité morale ajoute une dimension complexe à ce problème social critique. La nécessité de briser ce cycle destructeur requiert une prise de conscience accrue, des réformes législatives rigoureuses, et une volonté collective de remettre en question les normes culturelles qui tolèrent ces comportements inacceptables.

Quid des actions entreprises par les autorités ivoiriennes ?

Conscient de ses obligations, l’État de Côte d’Ivoire, par l’intermédiaire de son Ministère de la Famille, de la Femme et de l’Enfant, a pris des mesures visant à lutter contre les violences sexuelles et physiques infligées aux femmes.

Dans cette perspective, une ligne d’assistance, laquelle demeure toutefois peu connue du grand public et par conséquent peu sollicitée, a été mise en place spécifiquement pour les enfants victimes de violences, identifiable par le numéro 116. En 2014, ledit ministère avait assuré une assistance aux victimes de violence familiale et de viol en offrant une prise en charge psychologique et psychosociale assurée par les travailleurs sociaux du Ministère. En complément, la Stratégie Nationale de Lutte contre les Violences Basées sur le Genre a été instaurée en septembre 2014, avec pour objectif de rendre opérationnel le Comité de lutte contre les Violences Basées sur le Genre. Cependant, cette stratégie, déployée jusqu’en 2016, n’a malheureusement pas permis de lutter efficacement contre les violences infligées aux femmes ni d’assister un nombre substantiel de victimes, comme souligné dans le rapport conjoint de l’ONUCI et du Haut-Commissariat des Droits de l’Homme.

Parallèlement aux 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes, l’Organisation des Nations Unies, par le biais d’ONU-Femmes, a décidé de soutenir la lutte mondiale contre ces violences par la campagne mondiale “He for She”. Dans ce cadre, ONU-Femmes a octroyé en novembre 2017 une enveloppe de 500 millions d’Euros, soit environ 325 milliards de Fcfa, au gouvernement ivoirien. Cette campagne s’est concentrée sur les principales formes de violences faites aux femmes, avec un intérêt particulier pour les mariages précoces, les mutilations génitales féminines et les autres formes de violences perpétrées à l’encontre des femmes âgées et handicapées.

Quelles conclusions peut-on tirer de cette analyse ?

Il est impératif de souligner la situation précaire des femmes en Côte d’Ivoire face aux violences physiques, sexuelles et morales qu’elles endurent. Malgré la ratification de tous les instruments internationaux et régionaux en faveur des femmes, il est alarmant de constater que ces dernières ne bénéficient pas d’une protection adéquate face aux violences qu’elles subissent ou risquent de subir. Il incombe donc aux acteurs de la société civile de continuer le travail qu’ils font pour l’épanouissement des femmes et à l’État ivoirien de prendre des mesures responsables.

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