Les violences verbales se manifestent de multiples façons au sein de nos communautés

A quoi faites-vous allusion, lorsqu’on parle de violence verbale et quelles en sont les formes que vous connaissez ?

Déjà il faut reconnaitre que la question de la violence est déjà une question très importante qui mérite d’être bien traitée à chaque occasion qu’elle est et sera abordée. Primo, il est important de savoir que la violence verbale est un concept qui englobe toute forme d’expression langagière qui a pour intention de causer des dommages émotionnels, psychologiques ou sociaux à une personne. On peut donc y reconnaitre la nature de la violence verbale. En effet, cette nature se manifeste par l’utilisation de mots, de tonalités ou de langage corporel agressifs, blessants, humiliants ou menaçants. Elle peut être dirigée vers une personne ou un groupe de personnes. A cela il faut ajouter, la forme de la violence. A ce niveau, la forme peut revêtir diverses formes, notamment les insultes, les critiques constantes, le dénigrement, les moqueries, les menaces verbales, le harcèlement verbal, les discours discriminatoires, et d’autres formes de langage blessant. De plus il y a l’impact psychologique ou la violence peut avoir des conséquences psychologiques graves sur les victimes. Elle peut entraîner une baisse de l’estime de soi, de l’anxiété, de la dépression, des troubles du sommeil, voire des pensées suicidaires dans les cas les plus extrêmes. Les agressions verbales peuvent prendre différentes formes. Parmi elles, les cris et hurlements, les injures, les propos diffamatoires, les humiliations, les propos discriminatoires, et l’intimidation par la parole les menaces. En résumé, je peux dire que la violence verbale peut laisser des cicatrices profondes, et il est essentiel de la reconnaître, de la condamner et de travailler collectivement à promouvoir des formes de communication saines et respectueuses.

Quel état des lieux faites-vous aujourd’hui en ce qui concerne la lutte contre les violences verbales dans votre pays ?

Dans un contexte économique et social de plus en plus tendu, toute personne peut être victime, dans l’exercice de son travail, d’agressions verbales et d’injures de la part de collègues ou de supérieurs hiérarchiques appartenant à la même entreprise. Cet état de fait a été confirmé par le rapport Eléas, publié en juin 2014, qui révèle que près d’un salarié sur deux se dit victime d’incivilités sur son lieu de travail. C’est donc avec préoccupation que je présente le tableau des violences verbales au Burkina Faso, dévoilant les formes insidieuses que prend cette réalité souvent sous-estimée. Le monde du travail n’est pas épargné par cette réalité. Les conflits professionnels, le harcèlement verbal entre collègues et les pratiques de gestion toxiques peuvent créer un environnement de travail toxique. Les mots qui dévalorisent, humilient ou dénigrent peuvent avoir un impact dévastateur sur la motivation, la confiance en soi et la productivité des employés. La violence verbale peut également se manifester à travers l’utilisation de discours haineux et de stéréotypes. Les préjugés fondés sur l’ethnie, la religion, le genre ou d’autres caractéristiques peuvent être propagés à travers des mots blessants. Ces paroles peuvent nourrir des divisions au sein de la communauté, créant des clivages qui mettent à l’épreuve notre cohésion sociale. L’espace numérique, de plus en plus présent dans nos vies, est également un terrain fertile pour la violence verbale. Les réseaux sociaux, les forums en ligne et les plateformes de discussion peuvent être le lieu de discours haineux, de cyber harcèlement et de diffamation. La distance physique qui caractérise les interactions en ligne peut parfois encourager des comportements irrespectueux. Les relations familiales, censées être des piliers de soutien, sont parfois le théâtre de violences verbales. Les disputes conjugales, les critiques constantes et les mots durs échangés au sein de la famille peuvent ébranler la stabilité émotionnelle des membres du foyer. Les enfants, témoins silencieux de ces affrontements, peuvent être particulièrement vulnérables aux cicatrices laissées par la violence verbale. Au sein des institutions éducatives, la violence verbale peut se manifester à travers le harcèlement entre pairs ou les relations tendues entre élèves et enseignants. Les mots peuvent être des armes puissantes qui infligent des blessures profondes à la psyché des individus. Les conséquences de cette violence verbale peuvent se répercuter sur le bien-être émotionnel et la réussite académique des étudiants. La présente loi a pour objet de prévenir, réprimer et réparer les violences à l’égard des femmes et des filles, de protéger et prendre en charge les victimes. Loi n° 061-2015/cnt portant prévention, répression et réparation des violences a l’égard des femmes et des filles et prise en charge des victimes.

En tant qu’autorité communale, comment vivez-vous cela dans vos lieux de travail ?

Les autorités locales ne sont pas exemptes de cette réalité. Les débats politiques, parfois passionnés, peuvent dégénérer en échanges verbaux acrimonieux. Les critiques virulentes, les discours incendiaires et les attaques personnelles peuvent créer un climat d’hostilité qui compromet la qualité du dialogue politique et entrave la recherche de solutions consensuelles. La violence verbale, bien qu’elle puisse sembler moins tangible que d’autres formes de violence, peut avoir des conséquences profondes sur la santé mentale individuelle et la stabilité sociale. Les victimes de violences verbales peuvent ressentir des niveaux élevés de stress, d’anxiété et de dépression. Les communautés elles-mêmes peuvent être fragmentées par des tensions persistantes résultant de ces échanges verbaux toxiques. En tant qu’acteur communal, je ressens la nécessité de promouvoir la conscientisation et l’éducation au sein de notre communauté.

Quelles sont les sanctions prévues par les textes dans votre pays ?

Si vous vous estimez victime d’une agression verbale, il vous faut dans un premier temps définir s’il s’agit réellement d’une agression verbale telle qu’elle est définie par la loi. Les sanctions juridiques des faits d’injures et d’agressions verbales au travail L’article L.1152-1 du Code du travail dispose : « Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ». Le décret 2018-317/MENA/SG, qui entérine le règlement intérieur des établissements d’enseignement post-primaire et secondaire au Burkina Faso, précise dans son article 30 que les élèves sont tenus d’adopter un comportement adéquat au sein de l’établissement et dans les environnements d’apprentissage. Il est formellement interdit de participer à des jeux violents, à des bagarres, ou de proférer des injures. En cas de récidive, l’élève est soumis à un conseil de discipline. Il est à noter que c’est uniquement dans cette disposition que le terme “injure” est explicitement lié à la violence verbale. Cependant, les intervenants au sein des établissements éducatifs expriment leur insatisfaction à l’égard des mécanismes prévus par le règlement intérieur pour faire face à la violence verbale. Ils estiment que les sanctions mises en place ne sont pas suffisamment dissuasives, ce qui entraîne une pratique répandue de la violence verbale parmi les élèves.

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Quelles recommandation pouvez-vous faire à l’endroit des victimes ?

Pour remédier à la situation, j’estime qu’il est possible d’envisager un travail sur la verbalisation en ouvrant un champ large à l’expression des émotions et à la verbalisation. Cela passe par des ateliers de communication qui viseraient à amener l’élève à apprivoiser ses émotions, à les exprimer par une mise en mots et à le conduire à jeter un regard différent sur autrui. Une autre solution consiste à sensibiliser les acteurs de l’éducation aux propriétés régulatrices de la parole car le souci de transmettre aux élèves un savoir visible conduit l’enseignant à une attitude qui peut l’amener à négliger la demande des élèves, et ce faisant à une situation de déséquilibre à l’origine de malentendus. Les programmes éducatifs qui mettent l’accent sur la communication non violente, la résolution pacifique des conflits et le respect mutuel doivent être encouragés. La sensibilisation aux conséquences de la violence verbale est un premier pas crucial vers un changement culturel positif. Le renforcement des mécanismes de résolution des conflits au niveau local est également essentiel. Des espaces de médiation, des conseils communautaires et des initiatives visant à promouvoir la compréhension mutuelle peuvent contribuer à désamorcer les tensions verbales avant qu’elles ne dégénèrent en conflits plus graves. La responsabilisation individuelle est un élément clé de la lutte contre la violence verbale. Chacun de nous a le pouvoir de choisir nos mots avec précaution, de favoriser des dialogues respectueux et de s’opposer aux discours haineux. En promouvant une culture de communication respectueuse, nous pouvons contribuer à forger une communauté plus harmonieuse.

Votre mot de fin

En conclusion, la violence verbale est une réalité qui demande notre attention et notre action collective. En tant que chef de village, je m’engage à promouvoir des espaces de dialogue, des initiatives éducatives et des mécanismes de résolution des conflits pour construire un Burkina Faso où la parole est un instrument de compréhension, de réconciliation et de solidarité.

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