Yérima, maternelle de cinq enfants, réside au sein d’un foyer polygame. Aux premières lueurs de l’année 2021, elle prend la décision de quitter son village situé dans la province du Sanmatenga, une région du Centre-Nord, en raison des attaques perpétrées par des groupes armés terroristes.
« J’ouvre mon cœur pour dévoiler les pages douloureuses de mon existence, marquée par les violences économiques. Mon récit est une plongée dans l’injustice silencieuse, où chaque sou est devenu une arme, où ma dignité a été érodée pièce par pièce, laissant derrière elle une femme brisée par les affres des violences économiques. Mon histoire commence dans mon village, une terre où la résilience est tissée dans notre ADN. Je n’étais pas préparée à affronter l’ennemi qui allait saper insidieusement ma vie, la violence économique. C’était un ennemi sournois qui se cachait derrière des sourires et des promesses, mais dont les conséquences allaient se faire sentir durement. Mon bourreau était mon propre partenaire, celui avec qui j’avais partagé des rêves et des projets. La violence économique a commencé par des restrictions subtiles, un contrôle sournois sur les finances qui s’est lentement transformé en une prison financière. Les comptes bancaires que nous partagions étaient devenus une arène où la liberté de dépenser était étouffée par des décisions unilatérales.
Les dénis d’accès aux ressources financières étaient des gouttes qui ont formé un océan de dépendance. Les cartes de crédit retirées, les chèques refusés, chaque transaction financière devenue un acte de négociation tendue. Chaque achat, même les plus basiques, nécessitait une justification, chaque dépense était scrutée et critiquée. Les violences économiques ont souvent revêtu le masque de la manipulation psychologique. Les menaces de retrait complet de soutien financier planaient comme une épée de Damoclès, créant un climat de terreur économique. Les rêves que nous avions construits ensemble semblaient s’évanouir, écrasés par un contrôle économique oppressant. La violence économique a également attaqué ma vie professionnelle. Les opportunités de carrière qui se présentaient à moi étaient systématiquement sabotées. Des promesses de soutien à mes projets professionnels se sont transformées en des rêves écrasés sous le poids du mépris économique. Chaque étape vers l’indépendance financière était bloquée par des obstacles invisibles.
Les conséquences de ces violences ont été ressenties jusque dans ma santé mentale. La pression constante de vivre dans l’incertitude financière a créé un stress chronique. Les nuits étaient empreintes d’inquiétude, la peur de ne pas pouvoir subvenir à mes besoins et à ceux de mes proches me hantait chaque jour. A toutes ces difficultés s’est ajoutée l’effet de la pandémie de Covid-19. En bref, la violence économique a laissé des cicatrices profondes sur mon estime de soi, minant ma confiance en mes propres capacités. La société, souvent imperméable aux réalités de la violence économique, a ajouté à ma détresse. Les jugements hâtifs, les préjugés qui attribuaient ma situation à des échecs personnels plutôt qu’à une situation systémique, ont renforcé le sentiment d’isolement. Les victimes de violences économiques sont souvent incomprises, leurs luttes minimisées par une société qui peine à voir au-delà des apparences. Le système juridique, au lieu d’être un allié dans ma quête de justice, s’est parfois révélé être un labyrinthe complexe. Les recours légaux semblaient inaccessibles, les lois sur les violences économiques insuffisamment développées. La recherche de réparation et de protection légale était un parcours semé d’embûches, un ajout pénible à la litanie de mes souffrances. Pourtant, au milieu de l’obscurité économique, j’ai trouvé des lueurs d’espoir. Des organisations locales se sont levées pour soutenir les femmes victimes de violences économiques. Des ateliers éducatifs, des programmes d’autonomisation financière et des réseaux de soutien ont offert un filet de sécurité pour les femmes piégées dans des situations similaires à la mienne.
Ma propre émancipation a commencé avec le pouvoir de l’éducation financière. Apprendre à gérer mes finances, à planifier mon avenir économique, a été un pas crucial vers l’indépendance. Les compétences financières m’ont donné la force de prendre des décisions éclairées, de déjouer les mécanismes de contrôle économique et de reprendre le contrôle de ma vie. La sensibilisation est le pilier central du changement. Il est temps de briser le silence entourant les violences économiques, de sensibiliser la société aux réalités de cette forme de violence. Les campagnes de sensibilisation doivent remettre en question les stéréotypes, éduquer sur les signes de violence économique et encourager les victimes à rechercher de l’aide. Les réformes législatives sont également essentielles pour combattre les violences économiques. Des lois claires et applicables doivent être mises en place pour protéger les victimes et garantir des recours rapides et équitables. Les institutions juridiques doivent être sensibilisées à la complexité de ces violences et être prêtes à agir de manière proactive.
Pour finir, ma vie est un témoignage de la réalité insidieuse des violences économiques au Burkina Faso. Il est temps de briser le silence, de reconnaître que cette forme de violence est une réalité qui touche de nombreuses femmes. En sensibilisant, en éduquant et en promouvant des réformes significatives, nous pouvons espérer un Burkina Faso où l’égalité économique est une réalité, où chaque femme peut tracer son propre chemin vers l’indépendance financière.


















