État des lieux sur la Situation des Mutilations Génitales Féminines au Togo

Si le travail que font les autorités togolaises à divers niveaux est d’une utilité indubitable, les mutilations génitales féminines conservent leur mal-être et demeurent un véritable problème social. Décidé à sauvegarder les acquis de la tradition, le peuple togolais est fortement secoué par ce mal qui sévit dans presque toutes les ethnies.
Alors que des organisations internationales, régionales et sous régionales comme c’est le cas des Nations Unies se prononcent solennellement pour l’élimination des mutilations génitales féminines dans le monde, la lutte contre ce fléau semble être une utopie avec pour corolaire l’augmentation du nombre de victimes au Togo.

En République démocratique du Togo, cette discrimination sexuelle est loin d’être éliminée. Dans cette nation, les Mutilations génitales féminines (MGF) font partie intégrante des exercices les plus pratiqués par bon nombre de personnes issues de la région de Tchaoudjo au Nord du Togo. Les mutilations génitales féminines encore appelées en français historique et communautaire « excision », sont des formes de violences des droits humains et une atteinte grave à l’intégrité physique des victimes. Bien qu’une loi interdisant les mutilations génitales féminines existe dans ce pays depuis 1998, dans la plus part des régions du Nord du Togo et dans certaines ethnies comme les Yanga, les Mossi, les Cotocoli, les Peuls et les Tchamba, les taux de prévalence évoluent en dent de scie.
Plusieurs raisons justifient la pratique de cette activité et la montée drastique du taux de prévalence dans le Nord du Togo. A Tchamba non loin de la frontière du Togo, le manque de moyens financiers apparait comme raison fondamentale.

Confortées dans leur gagne-pain quotidien au grand mépris des conséquences, ses femmes sous le coup de l’hémorragie sans arrêt de leurs victimes ne prennent pas par quatre chemins pour rejeter le tort sur dame nature. Elles considèrent sans état d’âme que le décès de leur patiente pendant l’exercice est le coup du destin. Donc indépendamment de l’excision.

Malgré les nombreux efforts que fournissent les gouvernements togolais dans le cadre de la lutte pour l’élimination définitive des mutilations génitales et féminines en République du Togo à travers des campagnes de sensibilisation menées dans les régions administratives par le ministère chargé des affaires sociales, le mal est toujours présent. Cette lutte se trouve confrontée à des défis. La prévention et l’élimination des Mutilations Génitales Féminines (MGF) restent confrontées à certains défis majeurs. Au nombre de ces défis figure la non disponibilité par le peuple togolais de techniques ou stratégies nationale sur les mutilations génitales féminines. Conséquence, plusieurs femmes continuent de s’adonner à cette pratique. Ceci au grand dam de la loi N°93-016 du 17 novembre 1998, loi portant interdiction des mutilations génitales féminines au Togo. Laquelle loi dispose en son article 1er « toutes les formes de mutilations génitales féminines (MGF) pratiquées par toute personne quelle que soit sa qualité » sont interdites au Togo. A en croire donc les dispositions législatives en vigueurs en République du Togo, l’excision et toutes les autres formes de mutilations génitales féminines sont interdit sur toute l’étendue du territoire national. En cas de récidive, les coupables sont frappés d’une peine pouvant aller à cinq ans d’emprisonnement avec une amende d’un millions de francs soit 500 euros. Mais ce manque de moyens financiers et cette absence de politiques efficace de reconversion constituent aujourd’hui le mal-être des praticiennes. Conséquence, l’excision reste dans leur mémoire comme seule issue pour subvenir aux besoins vitaux.


Reconversion des praticiennes, une équation difficile à résoudre


L’arrêt des mutilations génitales féminines en République démocratique du Togo reste une équation difficile à résoudre. Après plusieurs années de sensibilisation (14ans en l’occurrence) à travers des journées internationales comme c’est le cas de celle intitulée tolérance au Togo dans le cadre de l’élimination des MGF, la question des difficultés financières constitue l’une des principales interrogations qui taraude l’esprit de bon nombre de praticiennes. Pour elles, l’excision est un héritage générationnel difficile à laisser. Car permet à la praticienne de non seulement accompagner son époux dans le foyer mais aussi de sauvegarder les acquis de la tradition. Renoncer demande donc la mise en place d’un système de microcrédit conséquent, sans quoi, la reconversion ne serait qu’une utopie. Que faut-il faire alors ?


Recommandations


Bien que les autorités togolaises à divers niveaux aient conscience du danger que constituent les mutilations génitales en République du Togo, il n’en demeure pas moins que ceux-ci manquent de d’approches multisectorielles pour colmater les brèches. L’absence de stratégie efficace et d’un engagement en bonne et due forme sont à la base de la flopée de cas enregistrés années après années. Il urge donc que des mesures soient prises. Face aux milliers de femmes et de filles exposées chaque année au risques de mutilations génitales féminines, les autorités togolaises seraient appelées à :


– Poursuivre les séances de sensibilisation dans les établissements afin que les élèves filles puissent connaitre leurs droits et être en mesure de refuser ou de dénoncer une excision.


– Entre droits humains et droits à la santé, il faudra adopter une série de résolutions sur l’élimination des pratiques et violences dangereuses menaçant gravement la santé des femmes et des filles ; des résolutions visant à promouvoir les droits des femmes. Et pour cela il faut intensifier des actions déployées dans les zones à risque en vue d’éliminer les mutilations génitales sur les jeunes filles et les femmes.

– Accorder explicitement aux citoyens le droit de dénoncer toutes les pratiques dangereuses qui touchent à la santé reproductive des jeunes filles en l’occurrence les mutilations génitales.

– Prendre toutes les mesures nécessaires, celles incluant l’application des textes et lois en vigueur pour sensibiliser les populations à la base.


– Mettre à disposition des structures compétentes des allocations financières suffisantes pour protéger les femmes et les filles contre cette forme de violence.


– Créer un climat de confiance afin d’apaiser les personnes vulnérables à ne pas hésiter pour dénoncer toutes les formes de violences qui touchent à la santé de la jeune fille.


– Mettre en place un système de récompense pour toute personne pouvant dénoncer cette pratique.


– Favoriser la reconversion professionnelle. Sans quoi, tous les efforts seront vains.