Le manifeste
Là où nos voix sont brouillées, nous tissons de nouveaux relais.
Les défenseuses des droits humains francophones d'Afrique de l'Ouest opèrent dans un environnement où l'espace civique se rétrécit à un rythme inédit. Les coupures Internet se multiplient. Les lois antiterroristes se durcissent. Les transitions militaires au Sahel s'accompagnent d'un discours néo-traditionaliste qui cherche à invisibiliser les voix féministes. Les outils numériques que nous utilisions hier comme leviers de plaidoyer sont aujourd'hui utilisés contre nous.
La réponse ne peut pas être individuelle. Elle ne peut pas non plus être purement défensive. Elle doit articuler trois savoir-faire simultanément : la maîtrise des outils numériques de plaidoyer, la sécurité numérique et physique des défenseuses et de leurs organisations, et la construction de coalitions transfrontalières capables de protéger celles qui sont exposées.
Le RFLD a conçu Advocacy Nexus comme un sanctuaire stratégique de trois jours où ces trois savoir-faire sont enseignés ensemble — par des pairs, pour des pairs, dans la langue de travail des participantes. L'atelier est ancré dans le Protocole de Maputo, la CEDEF, et la Déclaration des Nations Unies sur les défenseur·es des droits humains. Il s'inscrit dans la continuité du Groupe de travail de la Rapporteuse spéciale de la CADHP sur les défenseur·es des droits humains.
« La sécurité numérique de l'une est la condition de la libération de toutes. »
Principe transversal · Cohorte Advocacy Nexus
Pourquoi Grand-Popo, pourquoi le francophone, pourquoi maintenant
Trois raisons d'être là.
Pourquoi Grand-Popo ? À quatre-vingts kilomètres de Cotonou, sur la côte atlantique du Bénin, Grand-Popo offre exactement ce que la sécurité et le soin des défenseuses exigent : une distance physique avec les centres politiques de surveillance, une atmosphère contemplative entre lagune et océan, et une infrastructure d'accueil discrète. L'accessibilité visa CEDEAO reste souple pour les ressortissantes ouest-africaines, et l'environnement politique béninois permet la tenue d'ateliers traitant ouvertement de sécurité numérique et de stratégies de plaidoyer.
Pourquoi le francophone ? Les ressources de renforcement de capacités en sécurité numérique et plaidoyer digital pour défenseuses sont massivement concentrées dans l'espace anglophone. Les défenseuses francophones sont structurellement sous-équipées et sous-formées sur des outils qui sont pourtant critiques pour leur protection.
Pourquoi maintenant ? 56 % des défenseuses ouest-africaines ont subi des violations directes en 2024–2025. Les chiffres de 2026 confirment l'accélération. Attendre, c'est laisser le terrain aux logiques de surveillance et de criminalisation.